Voici tout ce qui dérange avec le DOGE, l’agence d'Elon Musk partie en guerre contre l'État américain

Gabriel Ouimet
Accès à des dossiers confidentiels, rétribution envers les dissidents, contrôle de systèmes de paiements gouvernementaux: le niveau de pouvoir accordé au Département de l’efficacité gouvernementale (DOGE) d’Elon Musk inquiète aux États-Unis. On répond à quatre questions pour mieux comprendre cette mystérieuse agence.
• À lire aussi: Donald Trump essaye-t-il de mettre en place un régime autoritaire aux États-Unis?
C’est quoi, le DOGE?
Contrairement à ce que son titre peut insinuer, le Département de l’efficacité gouvernementale n’est pas un ministère fédéral au même titre que les départements du Trésor, de la Défense ou de l'Éducation.
Le DOGE est plutôt un organisme de conseil externe dirigé placé sous l’autorité directe de Donald Trump. Sa création n’a donc pas eu à être officialisée par le Congrès.
Il a une durée de vie limitée et doit cesser d’exister le 4 juillet 2026.
Il faut aussi savoir qu’Elon Musk dirige l’agence en tant qu'«employé spécial du gouvernement». Ce statut signifie qu’il est soumis «de manière moins restrictive» aux règles qui s’appliquent aux autres employés de l’État, notamment en matière d’éthique et de conflit d’intérêts, selon le ministère de la Justice.

Quels sont ses objectifs?
Elon Musk a déclaré que l’objectif principal du DOGE est de réduire les dépenses de l’État de 2000 milliards de dollars d’ici 2026.
Pour y arriver, l’homme le plus riche du monde prévoit d’abolir des ministères, de supprimer des milliers d’emplois et de réduire le budget de nombreux programmes d’aide gouvernementale.
Musk et son équipe planifient aussi de réformer les systèmes informatiques du gouvernement afin de les rendre plus efficaces et moins coûteux.
• À lire aussi: Voici pourquoi le projet de Trump de s’emparer de Gaza ne tient pas la route
• À lire aussi: Ce qu'il faut savoir pour comprendre les tarifs douaniers de Trump
Pourquoi le DOGE inquiète autant?
«Elon Musk n’a pas été élu, il n’a pas été confirmé par le Congrès. Il dicte malgré tout l’agenda de l’administration avec la seule bénédiction de Donald Trump. C’est troublant», résume le directeur adjoint de l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques de l’UQAM, Christophe Cloutier-Roy.

Malgré ce manque de légitimité, Elon Musk est en train de créer une structure de pouvoir alternative au sein du gouvernement fédéral américain.
Cette semaine, des agents du DOGE ont notamment obtenu l’accès à des dossiers gouvernementaux hautement confidentiels sur des millions d'employés fédéraux, dont des fonctionnaires du Trésor et d’autres départements qui occupent des postes avec de hauts niveaux de sécurité.
Les équipes de Musk ont également pris le contrôle des systèmes de paiements du Trésor qui servent à traiter jusqu’à six billions de dollars (6000 milliards) de dépenses par années, dont plusieurs allocations gouvernementales.
De nombreux fonctionnaires, élus et experts s’inquiètent des violations ou des abus que pourraient commettre les membres de l’administration Trump, alors que de hauts responsables ont menacé d'exercer des représailles contre les travailleurs fédéraux accusés de déloyauté envers le président.
Des cadres fédéraux qui ont refusé de donner l’accès à des informations confidentielles aux employés du DOGE ont d’ailleurs été suspendus ou congédiés dans les derniers jours.
Qui est chargé de surveiller ses activités?
Le risque de conflit d’intérêts impliquant Musk et ses entreprises soulève aussi de nombreuses questions légales et éthiques, surtout que Donald Trump est le seul à qui l’agence doit rendre des comptes.
Le patron de Space X et de Tesla pourrait, par exemple, consulter des contrats gouvernementaux qui font concurrence à ses propres entreprises.
Le président s’est pour sa part contenté de dire qu’il faisait confiance à Elon Musk afin qu’il se retire lui-même des dossiers potentiellement conflictuels.
Puisque toutes les actions prises par le DOGE se font sans l’approbation du Congrès, des experts s’attendent à ce que des actions légales soient prises pour limiter l'autorité du président dans ces dossiers.