Le patron d’Air Canada a ignoré les avertissements
Le gouvernement a contacté le transporteur pour lui exposer les risques d’un discours uniquement en anglais

Olivier Bourque
Non seulement le commissaire aux langues officielles, mais aussi le bureau du premier ministre François Legault a averti la direction d’Air Canada, en début de semaine, des risques reliés à un discours donné seulement en anglais, un appel ignoré par le transporteur.
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Le Journal a pu confirmer les informations tout d’abord rapportées par Radio-Canada.
La séquence des événements a commencé lundi de cette semaine. Le Journal a tout d’abord révélé que le patron d’Air Canada, Michael Rousseau, s’apprêtait à s’exprimer uniquement en anglais à la tribune de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM).
Des premières réactions... et un appel
Contacté par Le Journal, le bureau du ministre de la Langue française, Simon Jolin-Barrette, avait alors indiqué que « l’allocution devrait être livrée en français » et qu’Air Canada et sa direction doivent faire mieux.
À Ottawa, la nouvelle ministre aux Langues officielles, Ginette Petitpas Taylor avait aussi réagi en rappelant qu’Air Canada devait s’exprimer dans les deux langues officielles et montrer l’exemple.
Le lendemain, mardi, à Glasgow pour la COP26, François Legault avait qualifié « d’inacceptable » le discours à venir du dirigeant.
- Écoutez l’entrevue avec Simon Jolin-Barrette, Ministre de la Justice et ministre responsable de la langue française au micro de Benoit Dutrizac sur QUB radio :
Mais en coulisses, le bureau du premier ministre avait aussi jugé de bon prévenir la direction d’Air Canada qu’il ne « s’agissait pas d’une bonne idée » d’aller de l’avant avec ce discours en anglais, selon une source consultée.
Le cabinet de M. Legault prédisait alors une réaction épidermique et une levée de boucliers au Québec.
Legault n’a aucune influence, dit le PQ
Mais visiblement, la direction du transporteur n’a pas écouté les avertissements, ce qui a été souligné par le Parti Québécois.
« Un rappel éblouissant que l’adhésion aveugle au fédéralisme canadien de François Legault ne lui rapporte aucune influence ni pouvoir de persuasion », a tweeté le chef péquiste Paul St-Pierre Plamondon.
« Le Québec n’a pas compétence sur Air Canada et s’est fait dire non par Justin Trudeau pour appliquer la loi 101 aux entreprises », a-t-il poursuivi.
Le bureau de Fitzgibbon aussi
Selon nos informations, le cabinet du ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, a aussi parlé à la direction d’Air Canada, mais la teneur des propos n’a pas été détaillée.
« Les discussions que les membres du cabinet ont avec des entreprises sont confidentielles, sauf si celles-ci sont à la demande de l’entreprise », nous a écrit l’attaché de presse Mathieu St-Amand dans une déclaration écrite.
Le commissaire aux langues officielles, Raymond Théberge, avait lui aussi contacté Air Canada pour lui rappeler ses obligations en matière de langues officielles.
« Aucun changement n’a été apporté au discours. Et par la suite, nous avons reçu un nombre important de plaintes », a analysé M. Théberge.
D’autres représentations ont été faites par la CCMM, a révélé le président et chef de la direction Michel Leblanc dans une lettre ouverte publiée dans La Presse.
Appelé à commenter ces nouvelles révélations, Air Canada n’a pas répondu à notre courriel.
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