Une Américaine s’intègre au Québec grâce au français et au sirop d’érable

Mylène Richard
«Bonjour! Comment ça va? Mon nom est Julia. Enchantée.» C’est ainsi qu’une joueuse américaine des Roses de Montréal s’est présentée aux médias lundi.
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Julia Leas ne connaissait pas un mot de français avant de débarquer au Québec. Elle a commencé à apprendre la langue de Molière avec Duolingo et sur YouTube il y a seulement un mois et demi. Puis, sans même demander conseil à l’organisation, elle s’est inscrite à des cours.
«C’est une langue très amusante à apprendre, a-t-elle poursuivi en anglais. Je comprends un peu l’espagnol et ça m’aide d’avoir cette référence», a expliqué la défenseure centrale et milieu défensive.
En évoluant la saison dernière en Suède, Leas s’est familiarisée avec le dialecte scandinave. Disons qu’elle a une facilité à assimiler différentes langues et à apprivoiser les communautés.
«J’aime sortir de ma zone de confort, être loin de la maison, découvrir des cultures. Je mets maintenant du sirop d’érable sur tout!» a lancé l’athlète de 24 ans originaire de l’État de la Virginie.

Inspiration
C’est une bonne chose, car se joindre à une nouvelle équipe, dans une nouvelle ville, au sein d’une nouvelle ligue, c’est un saut dans le vide.
Cette opportunité de construire quelque chose à partir de rien, d’être une pionnière, allume Leas, à l’instar de coéquipières.
«Je sens que c’est important de paver la voie pour les générations futures», a assuré l’attaquante montréalaise Latifah Abdu, ancienne membre de l’équipe nationale et joueuse professionnelle en France.
«C’est une gratitude de pouvoir aller voir les petites filles sur le terrain et de leur dire que c’est possible de jouer ici, qu’elles n’ont pas besoin d’aller en Europe. On a un bon niveau, de belles installations. Il y a tout en place pour qu’elles puissent persévérer», a soutenu l’ailière Mégane Sauvé, championne à Lisbonne, au Portugal.

Casse-tête
Les Québécoises ont vite constaté qu’il n’y avait pas que Leas ou même l’Albertaine Tanya Boychuk, qui donne des entrevues en français, qui souhaitaient s’intégrer à Montréal ou à Laval, où les Roses s’entraînent et disputeront leurs matchs locaux dès le 3 mai, deux semaines après le début de la saison inaugurale de la Super Ligue du Nord, nouveau circuit professionnel canadien de soccer féminin.
«Les anglophones sont toutes à 100% à fond en train d’apprendre le français», a assuré Abdu.
C’est parfois un «petit casse-tête», selon Sauvé, mais tout le monde fait des efforts. Les entraînements et les réunions se déroulent dans les deux langues.
«Et quand on oublie de le faire, on peut compter sur les filles pour traduire. Ça se fait naturellement», a observé l’entraîneur-chef Robert Rositoiu, qui avoue être un peu mêlé des fois, laissant sortir des phrases en «franglais».
«C’est arrivé dans le match [amical] à Québec [samedi face à une équipe semi-professionnelle]. Je me suis échappé et j’ai dit à Charlotte [Bilbault] qu’on était en build up [progression]. Je me suis tourné vers le banc et j’ai dit: "C’est sûr qu’elle n’a rien compris!"» a raconté Rositoiu.

Tissé serré
Si certains rassemblements sont un peu trop longs au goût du coach en raison de la traduction, ça en vaut la peine. Cette entraide et ce désir de s’intégrer ne peuvent qu’aider à l’esprit d’équipe.
«Dès le premier jour, il y avait déjà une chimie qu’on ne peut pas expliquer, a noté Abdu. On sent vraiment que c’est une famille. Même les investisseurs viennent nous regarder à l’entraînement.»
Dans un circuit où le calibre demeure inconnu, un groupe uni sera un atout. Espérons que les joueuses seront aussi motivées sur le terrain que Julia Leas l’est pour apprendre le français.

▶ Des 21 femmes qui participent au camp des Roses de Montréal, 19 ont déjà des contrats en poche. Mais le magasinage de la directrice sportive, Marinette Pichon, n’est pas terminé. Elle a d’ailleurs encore une place pour une joueuse désignée, dont le salaire est soustrait de la masse salariale (maximum de 1,6 million $). Les six équipes de la Super Ligue du Nord peuvent avoir une formation de 20 à 25 athlètes.