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L'article provient de Le Journal de Montréal
Opinions

Vous êtes impressionnés par Carney? Vraiment?

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Photo portrait de Joseph Facal

Joseph Facal

25 mars
25 mars à 0h20
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J’ai attendu quelques jours avant de commencer à me faire une opinion.

La proverbiale chance au coureur...

Mark Carney se révélera peut-être une foudre de guerre en campagne électorale, mais ses débuts sont pénibles.

Préparé?

Dans un français du niveau de mon italien, il dit qu’il veut simultanément baisser les impôts, éliminer le déficit et augmenter les dépenses militaires.

Une promesse de baisse d’impôt fait toujours son petit effet.

Il faudra cependant m’expliquer comment on fait pour les réduire (donc se priver de revenus fiscaux) en même temps que vous réduisez les dépenses publiques... mais que vous achetez des avions et des chars d’assaut.

À moins qu’il pense différemment selon la langue utilisée.

Le PLC nous présente M. Carney comme le plus compétent, comme le mieux outillé pour faire obstacle à Donald Trump.

Pourquoi? Son CV. Quoi, dans son CV? Avoir été gouverneur des banques du Canada et d’Angleterre.

• Écoutez aussi cet épisode balado tiré de l'émission de Richard Martineau, diffusée sur les plateformes QUB et simultanément sur le 99.5 FM Montréal :

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Le rôle principal d’une banque centrale est de fixer le taux directeur afin d’influencer les emprunts et les dépenses, cherchant ainsi à freiner ou à stimuler l’économie.

C’est un rôle crucial, mais technique. Vous êtes devant un tableau de bord et vous prenez des décisions selon ce qu’affichent les indicateurs.

En politique, quand un pays est plongé dans une épreuve qui teste sa résilience, le chef doit pouvoir rallier, mobiliser, inspirer, expliquer, justifier, faire accepter des décisions douloureuses, fortifier le moral.

Il n’y a strictement rien dans les fonctions passées de M. Carney ni dans ce qu’on voit depuis quelques jours qui témoigne de ces capacités.

M. Carney est la dernière version d’un coup de marketing que les partis politiques tentent souvent.

À une époque où la classe politique est plus mal-aimée que jamais, on nous offre un antipoliticien, qu’on dit austère et sérieux, pour faire ressortir le contraste avec un politicien de carrière comme Pierre Poilievre.

Ce produit de marketing, l’antipoliticien, vient en plusieurs modèles.

Nous avons eu l’intellectuel universitaire (Michael Ignatieff, vous vous souvenez?), l’homme d’affaires, celui «qui-connaît-ça-pour-vrai-l’économie» (Pierre Fitzgibbon), ou le technocrate froidement compétent (Carney).

Évidemment, succéder à un clown comme Trudeau renforce l’impression de sérieux.

Comme on ne connaît strictement rien des vues de Carney sur des tas de sujets, chacun projette sur lui ses espoirs.

Des électeurs se disent: je déteste Trump, je méprise Trudeau, je me méfie de Poilievre... alors j’ai peut-être l’option Carney.

Mais il ne pourra demeurer une page blanche bien longtemps.

Il devra s’expliquer sur l’immigration, les faux réfugiés, la laïcité, le financement de la santé, etc.

Il veut la campagne électorale la plus courte possible pour échapper autant que faire se peut à cet examen serré.

Bilan

Une campagne électorale est certes un test pour les chefs et, dans une moindre mesure, pour tous les candidats.

Mais on ne dit pas assez qu’elle est aussi un test pour l’électorat.

Carney s’installe aux commandes du parti de gouvernement qui nous laisse le pire bilan de l’histoire canadienne moderne.

L’oublier en dirait long sur nous.

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