Établissements carcéraux: toujours des passoires?


Maria Mourani
J’ai découvert l’Établissement de détention de Montréal (Bordeaux) dans les années 90. J’y faisais du bénévolat. On était deux jeunes étudiantes qui organisaient des discussions avec des détenus.
Cette expérience m’a permis de développer un lien de confiance avec plusieurs détenus et ainsi apprendre tout le fonctionnement de cette prison, notamment les méthodes d’entrée de la drogue et les stratégies de paiement, les règles informelles entre les détenus et les agents correctionnels, les bagarres dans ce lieu hors du champ de vision des gardiens communément nommé le sous-marin.
Tout cela pour vous dire que les prisons n’ont jamais été hermétiques. Cependant, ce phénomène s’est accéléré au cours des trente dernières années. Deux éléments sont à pointer du doigt : la technologie et le laisser-aller.
La livraison par drone
Selon le président du Syndicat des agents de la paix, Mathieu Lavoie, depuis les cinq dernières années, les drones de livraison de produits en tout genre (cellulaires, drogue, armes blanches) font maintenant partie du paysage carcéral. Les visites sont quasi quotidiennes dans plusieurs établissements. La livraison à domicile est même possible, puisque ces engins peuvent entrer par les fenêtres des cellules.
Plusieurs membres d’organisations criminelles, autant des gangs de rue que des Hells Angels qui en sont les principaux instigateurs, continuent à faire la pluie et le beau temps. À la différence de cette facilité que leur offre la technologie.
Dans certains établissements, un projet pilote de détection de drones a été implanté, mais il serait peu efficace, selon le président du Syndicat. Bien souvent, les drones se faufilent, ou lors des interceptions, les agents arrivent trop tard. Ce délai de réponse est l’une des conséquences du manque d’effectifs.
Un laisser-aller
Il faut savoir que la prison est un écosystème qui s’inscrit dans des dynamiques relationnelles de négociation, coercition et participation. Autrement dit, cela revient à savoir quand serrer la vis ou relâcher la pression afin de maintenir un équilibre et ainsi éviter les émeutes ou le contrôle de l’établissement par des détenus.
Cet équilibre serait plutôt précaire dans plusieurs établissements du Québec. Selon M. Lavoie, les agents correctionnels sont découragés et se questionnent de plus en plus sur la pertinence des manquements disciplinaires, puisque plusieurs comités disciplinaires n’effectuent pas leur travail. Les dossiers ne sont pas traités dans les délais prévus et, par conséquent, ils sont retirés, ou lorsqu’ils le sont, les détenus ne sont pas forcément sanctionnés ou ont une peine dérisoire.
Ce laxisme donne alors du pouvoir à des détenus et met en danger les agents.
Minuit moins une
Depuis deux ans, le ministère de la Sécurité publique discute d’installer des détecteurs de drones plus efficaces. On a beau dire, si les effectifs ne sont pas au rendez-vous, les colis continueront d’être livrés.
Pourquoi ne pas plutôt se prémunir de systèmes anti-drone ? Quelques entreprises québécoises se sont spécialisées dans ce genre de service. Leur système détecte, identifie, suit et neutralise le drone avant que celui-ci entre dans l’espace aérien carcéral.
On attend quoi ?