Véhicules électriques : c'est le temps ou jamais!


Antoine Joubert
Novembre-décembre 2024. Les concessionnaires n’offraient encore que peu de rabais sur les véhicules électriques, sachant que les deux paliers de gouvernement octroyaient aux acheteurs une somme allant jusqu’à 12 000 $ (taxes incluses). Essentiellement, une Fiat 500e de 42 000 $ voyait son prix réel diminuer de 25%, ne serait-ce qu’en raison de la générosité des « fonds publics ». Hélas, constructeurs et concessionnaires ont goûté très violemment à la recette fédérale puis provinciale qui, de façon combinée, allait éliminer en quelques semaines ces crédits. Ainsi, le 1er février 2025, le prix d’une Fiat 500e passait... à 42 000 $.
• À lire aussi: Taxe de 100% sur les véhicules électriques chinois: Fréchette veut la garder
• À lire aussi: [BALADO] Retour du rabais provincial pour VÉ
Pour les concessionnaires, les conséquences ont été fâcheuses, ravageuses, parfois même catastrophiques, parce qu’ils savaient que les ventes de VÉ allaient chuter drastiquement, mais aussi parce qu’on leur avait imposé beaucoup de véhicules quasi impossibles à vendre ailleurs au pays. Le Québec, pionnier dans le domaine de l’électricité, allait donc devenir momentanément victime de son propre succès. Une conséquence directe des décisions gouvernementales stupides et irréfléchies.
Attention, loin de moi l’idée d’affirmer que l’octroi de 12 000 $ en crédit pour chaque individu était la chose à faire. Sauf qu’en emboîtant le pas, les gouvernements prenaient aussi une responsabilité vis-à-vis de l’industrie quant à la bonne gestion des fonds et à leur distribution. On sait maintenant que l’incompétence, jumelée à un je-m’en-foutisme crasse, a coûté cher et continue de faire mal à toute l’industrie.
Évidemment, la seule façon pour les différents constructeurs de se sortir la tête hors de l’eau dans un tel contexte a été d’offrir de généreux rabais aux consommateurs. Ce qui a été fait : jusqu’à 16 000 $ de rabais provenant des manufacturiers pour certains modèles électriques initialement admissibles aux crédits, car il fallait à tout prix s’en défaire. L’impact a été tel que Subaru a même choisi de ne pas renouveler son Solterra pour 2025, étant pris avec de trop nombreux modèles 2024 en inventaire. Et puis, à mots couverts, on sait que Hyundai a annulé de nombreuses commandes de modèles 2025, sachant qu’il serait impossible de les écouler.

Il faut dire que, pendant deux mois, les concessionnaires québécois ont mangé du pain sec. D’abord, leurs ventes ont chuté comme jamais (surtout face au reste de l’industrie automobile canadienne), et quand le ministre Benoît Charette a confirmé en janvier le retour du crédit provincial le 1er avril, ils ont compris qu’ils ne vendraient pratiquement rien pendant deux mois.
En effet, acheter un VÉ en mars n’était pas la chose à faire, sachant que Québec allait bientôt ramener son crédit de 4 000 $. Certains concessionnaires ont bien sûr insisté sur l’urgence de profiter des rabais offerts par leur manufacturier respectif, mais rares sont les clients qui se sont fait prendre. Dans les faits, la plupart des concessionnaires qui vendent des VÉ ont encore beaucoup de stocks à écouler, qu’il s’agisse de modèles 2024 ou 2025. Et ce n’est pas parce que le gouvernement provincial ramène les crédits à compter du 1er avril que les prix remonteront. Au contraire, on additionnera dans la majorité des cas ces 4 000 $ au prix annoncé en mars, afin que ça sorte au plus sacrant.
Alors oui, le consommateur a le gros bout du bâton. Primo, l’offre est supérieure à la demande. Deuxio, les concessionnaires ont un besoin criant de liquidités. N’oubliez pas qu’ils supportent des inventaires depuis des mois, parfois sans aucune aide de la part de leur constructeur. Ne vous demandez pas pourquoi vous êtes inondé de publicités de Fiat 500e, de Ford Mustang Mach-E, de Hyundai Ioniq 5 et de Volkswagen ID.4. Il faut que ça sorte!

En ce mois d’avril 2025, est-ce donc l’occasion ou jamais de se procurer un véhicule électrique? Oui. Parce que si les constructeurs suivent ce qu’ils offraient en mars, vous pourriez par exemple obtenir une Fiat 500e en location pour moins de 300 $ par mois (taxes incluses) ou un Ioniq 5 2024 financé à 0% avec 11 000 $ de rabais – une offre encore plus alléchante que celle proposée en décembre dernier. Dites-vous également que ces prix ne sont pas encore négociés et que les concessionnaires peuvent attendre encore un peu plus, dans le seul espoir de voir leur cour se vider progressivement. C’est la réalité du marché actuel. Un moment difficile pour l’industrie, en excluant tout ce qui concerne les décisions du gouvernement américain sous Donald Trump, mais qui peut avantager le consommateur, lui qui se serre de plus en plus la ceinture.
Maintenant, est-ce que le retour du crédit de 4 000 $, combiné avec des offres alléchantes des constructeurs, sera suffisant pour relancer la vente de VÉ? Oui, mais pas de là à rejoindre en pourcentage les ventes du dernier trimestre de 2024, où plus d’un véhicule sur trois vendu au Québec était électrifié. Voilà une situation que l’on ne reverra pas de sitôt, parce que le contexte ne se représentera plus jamais.
Sauf si, bien sûr, les compagnies automobiles chinoises percent notre marché et que les tarifs américains de 25% entraînent une augmentation significative des prix des véhicules. Alors là, tout est possible. Bref, on n’a pas fini d’en parler!