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L'article provient de Le Journal de Montréal
Santé

Pourquoi perdre du poids est si difficile

New Africa - stock.adobe.com
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Photo portrait de Richard Béliveau

Richard Béliveau

1 décembre à 17h
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Les régimes amaigrissants agressifs sont souvent inefficaces, car la perte de poids initiale est la plupart du temps suivie d’un regain rapide des kilos perdus. Il semble que les cellules adipeuses conservent une mémoire moléculaire du surpoids et deviennent plus susceptibles de continuer à accumuler un excès de graisse.

L’obésité est devenue l’un des principaux facteurs de risque de l’ensemble des maladies chroniques qui touchent la population et qui sont responsables de la majorité des décès (diabète de type 2, maladies cardiovasculaires, certains cancers, démences). Du point de vue clinique, l’objectif principal est donc d’induire une perte de poids significative, susceptible de réduire l’incidence de ces pathologies, généralement à l’aide de modifications au mode de vie destinées à réduire significativement l’apport calorique. 

Cependant, les régimes amaigrissants développés en ce sens sont généralement assez inefficaces, dans la mesure où les pertes de poids obtenues initialement sont très souvent éphémères et suivies d’un regain plus ou moins rapide des kilos perdus. Bien que ce phénomène, appelé effet yo-yo, soit connu depuis longtemps, les mécanismes biochimiques responsables de cette résistance de l’organisme à perdre du poids demeurent très mal compris.

Mémoire épigénétique

Différemment de la génétique, qui fait référence à la nature des gènes qui nous sont transmis par nos parents, ce que nous appelons l’épigénétique a comme fonction moléculaire d’activer ou de réduire au silence certains gènes bien précis en réponse aux événements qui se produisent au cours de notre vie. 

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Les facteurs environnementaux (stress, pollution, substances toxiques), nos habitudes alimentaires ou encore l'état général de notre corps (comme l'obésité) entraînent une réponse épigénétique rapide qui va influencer positivement ou négativement (selon la nature de l’exposition) l’expression de plusieurs gènes. 

Cette empreinte épigénétique est la plupart du temps très stable, de sorte que les cellules conservent une «mémoire» biochimique des conditions auxquelles elles ont été exposées et sont donc d’une certaine façon, reprogrammées pour réagir rapidement si ces situations se produisent à nouveau.

Adipocytes reprogrammés

Une étude récente suggère que cette mémoire épigénétique serait la grande responsable de la difficulté à soutenir des pertes de poids de façon durable(1). Dans cette étude, les chercheurs ont utilisé des techniques biochimiques de pointe pour comparer l’expression des gènes au niveau de cellules adipeuses (séquençage de l'ARN en cellule unique) avant et après une perte importante de poids. 

Un volet de l’étude réalisée chez des souris modèles a révélé que l’obésité induisait de profondes modifications dans l’expression de plusieurs gènes qui affectaient négativement leur fonction métabolique. Ces changements persistent après une perte importante de poids et font en sorte qu’une exposition des animaux à une alimentation riche en gras provoque un retour très rapide vers un état obèse.

Un phénomène similaire est à l’œuvre chez les humains, car l’analyse de biopsies de tissus adipeux de personnes autrefois en surpoids qui avaient subi une réduction de l'estomac ou un pontage gastrique a révélé que les adipocytes avaient conservé les modifications moléculaires typiques de l’obésité.

Prévenir plutôt que traiter...

L’échec de la plupart des régimes amaigrissants n’est donc pas une question de mauvaise volonté, mais bel et bien une conséquence des modifications profondes et durables au métabolisme causées par l’excès de poids. Les cellules adipeuses qui ont accumulé un excès de graisse conservent une mémoire de cet état et cherchent à tout prix à recréer les conditions qui prévalaient avant la perte de poids.

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Cette découverte est importante, surtout dans le contexte actuel où on place beaucoup d’espoir dans les nouveaux médicaments anti-obésité comme l’Ozempic. Même si les pertes de poids obtenues grâce à ces médicaments sont importantes (jusqu’à 15% du poids corporel et même plus dans certains cas), ce phénomène de mémoire des adipocytes va causer une reprise du poids après l’arrêt des médicaments et donc annuler les effets positifs associés à la diminution de l’excès de graisse. 

D’ailleurs, les données actuellement disponibles indiquent que l’arrêt du traitement avec ces médicaments mène à un regain de la majorité du poids initialement perdu dans l’année qui suit(2).

Comme l'obésité met des années à se développer, il faut donc envisager pour les adultes en surpoids, une stratégie de retour au poids santé qui soit à long terme, impliquant des changements comportementaux profonds (alimentation et exercice) et non des régimes amaigrissants agressifs et peu attrayants qui ne permettront pas d'être maintenus à long terme, empêchant ainsi cette reprogrammation épigénétique inverse des adipocytes. 

Éducation et responsabilisation individuelle sont des éléments clefs de ce retour à la prise en main de sa santé. Nous pouvons reprendre le contrôle de notre santé, en permettant sur le long terme à ces mécanismes cellulaires complexes de rétablir ce qu'on appelle l'homéostasie, l'équilibre des systèmes physiologiques, essentiel à la santé globale.

En définitive, la solution à l’épidémie actuelle d’obésité réside beaucoup plus dans la prévention que dans le traitement, c’est-à-dire qu’il est grandement préférable d’intervenir le plus tôt possible, chez les enfants et adolescents, pour éviter que l’accumulation de poids ne devienne pratiquement irréversible et les condamne ainsi à développer les nombreuses pathologies liées au surpoids qui vont diminuer considérablement leur qualité et leur espérance de vie.  

Nous avons, durant le siècle dernier, médicalisé notre santé, mais la science moderne démontre bien que notre santé dépend également d'un ensemble de décisions personnelles qui peuvent réduire, par des mesures préventives, l'apparition de graves maladies chroniques qui ruinent notre qualité de vie, avec le temps.

(1) Hinte LC et coll. Adipose tissue retains an epigenetic memory of obesity after weight loss. Nature, publié le 18 novembre 2024.
(2) Wilding JPH et coll. Weight regain and cardiometabolic effects after withdrawal of semaglutide: The STEP 1 trial extension. Diabetes Obes. Metab. 2022; 24: 1553-1564.

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