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L'article provient de Le Journal de Québec
Opinions

Masculinistes et féministes: d'un excès à l'autre

Se pourrait-il toutefois que cette version excessive et caricaturale de la masculinité ne soit que la réaction à un féminisme et à un transgenrisme tout aussi virulents et caricaturaux?

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Photo portrait de Joseph Facal

Joseph Facal

2024-11-14T05:00:00Z
2024-11-14T05:20:00Z
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La troisième loi de Newton dit que si un objet X exerce une force sur un objet Y, l’objet Y exercera sur l’objet X une force d’une intensité équivalente, mais dans la direction opposée.

C’est la pensée qui m’habite depuis le visionnement de ce documentaire militant diffusé lundi soir à Télé-Québec et traitant de ces nouveaux mâles alphas.

Au risque de me faire casser la gueule par l’un d’eux, j’ai trouvé assez pitoyables et risibles les spécimens qu’on nous a présentés.

Crise

Cela dit, y a-t-il une crise de la masculinité dans les sociétés occidentales, peut-être même particulièrement intense au Québec?

Tout dépend de ce qu’on entend par là.

Oui, si on considère l’omniprésence de ce discours selon lequel tout ce qui est masculin est «toxique» ou débile.

Forcément, bien des jeunes hommes sont déboussolés et se cherchent.

Voyez comment la publicité au Québec présente souvent l’homme comme un parfait crétin incapable de comprendre les finances, incapable d’acheter une auto sans se faire fourrer, incapable de faire cuire un macaroni.

Une publicité a longtemps circulé dans laquelle l’homme était déguisé en banane.

Oui, il y a crise si on considère le déclassement scolaire ahurissant des garçons par rapport aux filles.

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Ils baignent en plus dans une ambiance féminine de A jusqu’à, mettons, W, où l’on semble considérer que jouer au ballon-chasseur ou au roi de la montagne dans la cour est l’incubateur de la «culture du viol» dont ils seront des agents ultérieurement.

La montée des emplois de bureau et le déclin des travaux manuels fondés sur la force ont aussi provoqué simultanément un rattrapage professionnel des femmes et le déclassement d’une catégorie d’hommes.

Mais il ne faut pas non plus perdre de vue, comme le souligne dans le film Francis Depuis-Déri, avec qui je m’étonne d’être en accord, que les dirigeants des gouvernements, des banques, des plus grandes compagnies, etc., sont encore très majoritairement des hommes.

  • Écoutez en balado sur la plateforme QUB l'édito de Joseph Facal à l'émission de Richard Martineau aussi diffusée au 99.5 fm Montréal :

Réaction

Comme le dit très justement un intervenant dans le film, quelle femme veut vraiment avoir un faible pour mari?

Dans ce désir de revaloriser la condition masculine, certains s’imagineront cependant qu’il faut avoir des gros bras tatoués, tirer à la mitraillette, habiter dans un pseudo-château, et avoir une conjointe qui laisse tomber: «je ne veux pas devoir trop penser».

Se pourrait-il toutefois que cette version excessive et caricaturale de la masculinité ne soit que la réaction à un féminisme et à un transgenrisme tout aussi virulents et caricaturaux?

Comme si la troisième loi de Newton s’appliquait aux phénomènes sociaux.

Un mouvement qui est parfois allé très loin a provoqué une réaction aussi forte en sens inverse.

Il ne s’agit évidemment pas de condamner, mais au contraire de célébrer le féminisme authentiquement progressiste et libérateur.

Mais dire ou laisser entendre que tous les hommes sont dangereux ou débiles, et que tout ce qui relève de leur sphère est risible, c’est peut-être contribuer à créer les conditions qui favorisent l’émergence de ces spécimens.

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