Trump à l’assaut du commerce mondial: les tarifs du «jour de la libération» concerneront «tous les pays»
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AFP
Après l’acier et l’aluminium et avant l’automobile, le président américain, Donald Trump, compte passer à la vitesse supérieure mercredi en annonçant ses droits de douane dits «réciproques», qui vont changer les règles du jeu du commerce mondial.
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Le 2 avril, qu'il surnomme «jour de la libération», M. Trump compte ériger de nouvelles barrières douanières qui devraient dépendre des taxes que les pays concernés imposent sur les produits américains, mais aussi d'autres facteurs.
Les marchés financiers étaient chahutés lundi par cette perspective, les Bourses asiatiques terminant en net recul (-4,04% à Tokyo, -3% à Séoul), tandis que les indices boursiers reculaient aussi à l'ouverture des places européennes (-0,84% à Paris, -0,76% à Londres, -0,93% à Francfort).
Le président américain entretient le flou à deux jours de l'échéance, notamment sur le nombre de pays concernés.
«On commencerait par tous les pays, on verra bien», a déclaré M. Trump dimanche à des journalistes à bord de l’avion Air Force One, écartant l’hypothèse que ces droits de douane ne touchent qu’un petit nombre de partenaires commerciaux de Washington.
«Je n’ai pas entendu parler de 10 ou 15 pays», a-t-il répondu à la question d’une journaliste l’interrogeant sur le nombre de pays concernés, alors qu’avait été évoquée par le secrétaire au Trésor Scott Bessent la possibilité de cibler les 15% de partenaires commerciaux qui enregistrent des déséquilibres commerciaux récurrents au détriment de Washington.
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Car le président en est persuadé, le monde entier, en particulier les alliés des États-Unis, «profitent» de son pays.
«Les droits de douane seront [...] plus doux que ceux que ces pays ont appliqués aux États-Unis d'Amérique au fil des décennies», a-t-il toutefois ajouté.
L'ampleur de la riposte des pays visés reste aussi inconnue. Pékin et Ottawa ont commencé à répondre aux droits de douane les visant, l'Union européenne promet de faire de même.
La présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde, a estimé lundi sur la radio France Inter qu'il s'agissait d'un «moment existentiel pour l'Europe». M. Trump «appelle ça “liberation day” aux États-Unis, moi je considère que c'est un moment où nous devons ensemble décider de prendre mieux notre destin en main, et je pense que c'est une marche vers l'indépendance», a jugé Mme Lagarde.
Mercredi marquera une étape majeure dans la guerre commerciale lancée par l'administration Trump, principalement au moyen des droits de douane
Amis et ennemis
Dès le 3 avril 4 h 01 GMT, les États-Unis prévoient d'imposer en plus 25% de taxes sur les voitures fabriquées en dehors du pays.
Chaque vague peut se cumuler avec la précédente. Les voitures chinoises seront ainsi davantage surtaxées pour l'instant que les européennes.
«Nous allons taxer les pays qui commercent avec le nôtre et prennent nos emplois, notre richesse, qui prennent beaucoup de choses depuis de nombreuses années. Ils ont tellement pris de notre pays, tant les amis que les ennemis. Et sincèrement, les amis ont souvent été bien pires que les ennemis», avait insisté M. Trump mercredi, en annonçant les droits de douane supplémentaires sur l’automobile.
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Le fait que les États-Unis importent plus qu'ils n'exportent est une obsession pour M. Trump. C'est la démonstration, selon lui, que les autres pays abusent de l'accès au marché américain, sans faire preuve de la même ouverture chez eux.
Il estime que les barrières ne sont pas seulement douanières, comme en Chine ou en Inde, mais aussi réglementaires. Il vise aussi la fiscalité intérieure des États européens en jugeant trop élevé le niveau des TVA locales.
Les estimations du Laboratoire budgétaire de l'Université de Yale penchent pour 5% de plus pour le Canada, 17% pour l'Inde, près de 19% pour la France ou l'Allemagne, et encore 13% pour la Chine, déjà pourtant particulièrement visée.
Impact pour les foyers
La Maison-Blanche attend des recettes conséquentes. Un responsable assurait mercredi à la presse que les nouveaux droits de douane devraient rapporter «des centaines de milliards de dollars, peut-être même un millier de milliards» sur une année pleine.
Il s’agit pour M. Trump de financer au moins en partie les baisses d’impôt qu’il veut accorder aux Américains tout en maintenant, théoriquement, le système de retraite et de santé des seniors ainsi que les dépenses militaires.
Dans sa logique, la hausse des prix engendrée par les droits de douane est compensée par un pouvoir d’achat accru par ailleurs, grâce à une fiscalité allégée, mais aussi à la baisse des coûts de l’énergie devant découler de sa politique en faveur des énergies fossiles.
Selon les modélisations de l’Université Yale, la facture pourrait être salée pour les foyers américains: une perte moyenne de revenu disponible de plus de 2700 dollars, ou plus de 3000 dollars si les partenaires des États-Unis répliquent aux taxes imposées par Washington.