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L'article provient de Le Journal de Montréal
Culture

Les corps sur la neige: la commission Charbonneau, version explosive!

Photo fournie par les éditions Robert Laffont Québec
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Josée Boileau

5 mai
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La commission Charbonneau a démontré qu’en matière de magouilles politico-mafieuses, la réalité valait la fiction. En y ajoutant des réseaux internationaux, Stéphane Ledien en fait un roman dont on ne peut décrocher !

L’expression « page turner » n’a pas d’équivalent français pour rendre parfaitement cette idée d’être incapable de ne pas passer à la page suivante d’un livre qui nous captive.

Avec Les corps sur la neige, on atteint un autre niveau : se retenir de ne pas sauter des pages pour enfin savoir comment les protagonistes vont réussir à s’en sortir ! Le roman est haletant à ce point.

L’auteur, Stéphane Ledien, a déjà publié moult nouvelles et quelques ouvrages en se spécialisant dans le polar et le roman noir. Il reste toutefois méconnu en regard d’autres auteurs québécois qui occupent les mêmes créneaux.

Les corps sur la neige témoigne pourtant de sa maîtrise du genre. Le récit est touffu, les personnages sont nombreux et les intrigues s’y croisent ; au départ, on craint même de s’y perdre. Mais l’auteur ne nous laisse pas le loisir de nous appesantir sur le sujet tant il nous entraîne dans des péripéties accrocheuses !

On est à l’automne 2012, en pleines auditions publiques de la célèbre commission Charbonneau chargée d’enquêter « sur l’octroi et la gestion des contrats publics dans l’industrie de la construction ». Il y a d’un côté les gens qui comparaissent (Ledien s’en inspire directement), de l’autre tous ceux qui grenouillent dans l’ombre – mafieux, entrepreneurs, politiciens.

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Autour, il y a des journalistes, des policiers, des membres de cartels sud-américains, des agents du renseignement, des mercenaires... Toute une faune masculine d’où il faut démêler les honnêtes, les repentis, les corrompus, les assoiffés de vengeance. Et plusieurs cherchent à se protéger des retombées des révélations, sans pour autant perdre leur mise.

Le cocktail est explosif, comme en font foi les attentats que Ledien sème – jusqu’à l’excès – dans son récit. Mais ça reste plausible tant cela ramène aux souvenirs qu’a laissés la commission Charbonneau et à la guerre entre gangs criminels qui sévit présentement.

Règlements de compte

L’attrait du récit de Ledien tient par ailleurs à ses personnages tombés malgré eux dans les règlements de compte qu’il met en scène. On s’attachera ainsi fortement au Français Martin Thériaux, autrefois alpiniste puis tireur d’élite dans l’armée, au passé pas net mais aujourd’hui déneigeur de toits à Québec. Que d’émotions il nous fera traverser !

On craindra tout autant le sort réservé à Gabriel Beaumont, policier intègre qui mesure mal le danger qui l’entoure. Et on s’interrogera sur ce qui menace la journaliste américaine Riley Lewis, qui suit les travaux de la commission.

Tout cela nous happe tant qu’il faut bien des chapitres avant de constater que les dialogues du roman se tiennent dans un français international, voire parisien, alors que l’action se déroule en sol québécois.

L’incongruité fait d’autant plus sourire que finalement, c’est ce qu’il y a de plus invraisemblable dans ce roman pourtant renversant !

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