Fermeture des frontières/variant Omicron: l'industrie touristique retient son souffle
Rébecca FRASQUET | AFP
Après deux ans de crise aiguë, l'industrie touristique retient son souffle face à une nouvelle vague de COVID-19 et la diffusion rapide du nouveau variant Omicron sur tous les continents qui pousse de nombreux pays à restreindre les voyages, menaçant sa reprise.
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Alors que le secteur perdra 2000 milliards de dollars cette année -autant qu'en 2020- du fait des restrictions liées à la pandémie, selon l'Organisation mondiale du tourisme (OMT), la propagation d'Omicron rend la situation « totalement imprévisible » et pourrait à nouveau provoquer d'« énormes dégâts », estime son secrétaire général, Zurab Pololikashvili.
- Écoutez l'entrevue du porte-parole de l'OMS, Tarik Jasarevic, avec Benoit Dutrizac sur QUB Radio:
« Pour peu que les États-Unis décident de fermer leurs frontières, et ils en sont capables, que les pays les uns après les autres se barricadent - ce qui d'ailleurs ne change rien -, on est repartis pour une belle crise », considère Didier Arino, président du cabinet spécialisé Protourisme, auprès de l'AFP.
Jugeant qu'il n'y avait « pas de raison de paniquer » face à la propagation du variant Omicron, le président américain Joe Biden a déclaré lundi ne « pas anticiper à ce stade » de nouvelles restrictions aux voyages internationaux.
« Tant qu'on a un tourisme intra européen et que les vols transatlantiques fonctionnent, l'impact est assez limité. Si on a une fermeture des frontières, avec une reprise de la pandémie, alors que les marchés d'Asie étaient déjà fermés, ce sera compliqué », s'inquiète M. Arino.
Selon l'OMT, 46 pays restent totalement fermés aux touristes, soit une destination sur cinq, et 55 partiellement. Nombre d'États d'Asie ou du Pacifique interdisent encore les voyages « non essentiels ».
Classé « préoccupant » par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), Omicron inquiète: le Japon et Israël ont fermé leurs frontières aux voyageurs étrangers. D'autres pays comme la France, le Royaume-Uni, les États-Unis, le Canada ou les Philippines refusent les voyageurs provenant d'Afrique australe.
« En septembre, octobre et début novembre, la reprise d'activité a été très forte. Mais la cinquième vague européenne a marqué un palier descendant des réservations. Depuis quelques jours, c'est une chute brutale », dit à l'AFP Jean-Pierre Mas, président des Entreprises du Voyage.
« Dès jeudi soir, les réservations, qui étaient revenues au niveau de 2019, ont chuté de 30%. La psychologie des clients a changé », dit Jean-François Rial, PDG de Voyageurs du Monde.
« Hyper réactivité » des États
«Cette hyper réactivité des Etats provoque une frilosité des voyageurs » mais les annulations se font « uniquement sur les destinations concernées » par les fermetures de frontières, faisant chuter l'activité des agences de voyages à « 20% ou 25% d'une semaine normale à cette période », rapporte M. Mas. « Nous sommes particulièrement inquiets », souligne-t-il.
Les professionnels espèrent une politique coordonnée au niveau européen, qui permettrait d'éviter des fermetures de frontières anarchiques.
Pour l'heure, les vacances de fin d'année sont encore préservées, avec « une demande très forte vers les destinations soleil: République dominicaine, Maurice ou îles méditerranéennes... », dit le président de Protourisme.
Ceux qui prévoient de partir aux Antilles françaises, confrontées à des mouvements sociaux, attendent de « voir évoluer la situation: ils savent qu'ils seront remboursés en cas d'annulation », affirme M. Arino.
« Globalement, le tourisme est reparti, l'hôtellerie est repartie, ainsi que la restauration depuis début septembre. (...) La COVID est un souci mais je ne le contrôle pas, donc je ne vais pas trop passer de temps dessus », a déclaré Sébastien Bazin, le PDG du géant hôtelier Accor, qui exploite plus de 5000 établissements dans le monde, lundi matin sur BFM Business.
« On va d'abord s'occuper des hommes et des femmes qui travaillent dans l'hôtellerie-restauration: il faut qu'ils soient là pour les vacances de Noël, pour les vacances de ski, parce que la demande sera là, je vous le garantis », a-t-il affirmé.
De fait, le secteur touristique français « s'en sort plutôt mieux » que d'autres, grâce à la fréquentation domestique. « Plus on dépend des clientèles étrangères et lointaines, plus on est affecté » par la crise sanitaire, souligne M. Arino.