Huis clos du budget: des élus de Québec solidaire suivis jusqu’aux toilettes


Patrick Bellerose
Des députés solidaires dénoncent avoir été suivis par des policiers jusqu’aux toilettes, au huis clos du budget, mardi. Le gouvernement, déplore-t-il, cherche à entraver le travail des élus de l’opposition.
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«Je n'ai jamais vu ça, moi, me faire suivre par un policier en uniforme, puis ma collègue aussi, jusqu'aux toilettes», lance Vincent Marissal, allant jusqu’à parler d’une «police politique» pour surveiller les élus.
Les agents de la Sûreté du Québec ont également suivi le député et sa collègue, Alejandra Zaga Mendez, lors de leurs déplacements dans la grande salle où se trouvaient les journalistes et dans une autre qui accueillait les membres de la société civile.
Les députés n’avaient pas non plus accès aux fonctionnaires du ministère des Finances, essentiels pour comprendre les subtilités de l’exercice budgétaire.
«Ça sent le gouvernement en fin de régime. Moi, me faire contrôler par un policier en uniforme, alors que je suis un député de l'Assemblée nationale, que je fais ma job dans un huis clos budgétaire... Désolé, là, je ne suis pas en train de manifester avec une cagoule dans la rue, je ne suis pas un danger...», dit Vincent Marissal.
Un policier l’a même obligé à patienter à l’extérieur des toilettes parce que le député libéral Frédéric Beauchemin s’y trouvait déjà.
«On ne voulait pas qu'il y ait deux députés de l'opposition en même temps dans la salle de bain. Qu'est-ce que vous pensez que j'allais faire avec Fred Beauchemin aux toilettes, échanger mes lignes?», a-t-il lancé.
Accès restreint
Autrefois, les partis d’opposition et les représentants de la société civile avaient accès à la salle principale du huis clos du budget, où les journalistes sont enfermés entre 9 :00 et 16 :00 pour prendre connaissance des documents.
Mais durant la pandémie, le gouvernement caquiste a limité le nombre de représentants admis. Depuis, seuls les groupes (syndicats, lobby, etc.) qui accompagnent les journalistes ont droit d’entrer dans la salle principale.
Le Parti libéral du Québec critique également ce resserrement des accès.
«Lorsque nous étions au gouvernement, les échanges se faisaient librement. Chaque opposition pouvait s’exprimer et discuter sans contrainte», souligne une conseillère aux communications pour l’opposition officielle.
«Depuis quelques années, la CAQ a choisi de restreindre cette façon de faire. Il serait bien avisé pour le gouvernement de revenir aux bonnes pratiques afin que les oppositions puissent accomplir efficacement leur travail», ajoute Alexandra Régis.
Le PQ satisfait
Pour sa part, le député péquiste Pascal Paradis ne s’est pas formalisé de l’encadrement imposé par les policiers, mardi.
«Est-ce qu'il y a une réflexion à faire? Je ne dis pas le contraire, mais je ne peux pas dire que, moi, hier, je me suis senti extrêmement contraint», a-t-il confié.
M. Paradis rappelle toutefois qu’il s’agissait de sa première participation à un budget. Le député ne bénéficie donc pas d’un point de comparaison.