Boycottage à l'épicerie: les ventes de produits américains en baisse
Marie-Laurence Delainey
Non seulement l’appel au boycottage de produits américains ne s’essouffle pas dans les épiceries du Québec, mais il a un impact direct sur les ventes d’aliments des États-Unis qui sont en diminution, notent des chaînes de supermarchés.
«Il y a une baisse au plan des ventes de produits américains, une augmentation des ventes de produits canadiens», constate Carl Pichette, le vice-président principal marketing chez Sobeys, qui possède entre autres IGA.

Avant l’imposition des tarifs, les produits américains représentaient environ 12 % des ventes chez IGA. S’il est trop tôt pour chiffrer précisément cette récente baisse, l’entreprise remarque que l’appel au boycottage ne s’est pas essoufflé. «[Les clients] regardent la description des produits et la provenance. On le voyait avant, mais c’est accentué», précise M. Pichette.

Du côté de Metro, on remarque aussi une diminution des ventes de produits américains lorsqu’un équivalent québécois ou canadien est disponible, comme la laitue et les fraises. «Il est certain qu’avec l’identification bonifiée des produits du Québec et du Canada [...] la clientèle peut plus facilement s’y retrouver et faire ses choix en fonction de ses valeurs, son budget et ses préférences», explique la cheffe des communications chez Metro, Geneviève Grégoire.
Publicité positive ou négative?
La plupart des supermarchés indiquent maintenant la provenance des aliments. Loblaw, qui possède Provigo et Maxi, a pour sa part opté pour un autre type de marketing. L’épicier promet d’ajouter un nouveau logo «T» pour identifier les produits soumis aux tarifs douaniers. Ce n’est toutefois pas la stratégie que privilégie l’agronome et économiste à l’Université McGill, Pascal Thériault. «L’approche positive, ce n’est pas une question de boycotter les produits américains, c’est une question de découvrir et d’adopter nos produits locaux. C’est une bien meilleure approche, parce qu’à long terme, ça a des chances de fonctionner beaucoup mieux», dit-il.
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Affichage contradictoire
Des consommateurs ont toutefois remarqué des étiquettes contradictoires. Il est possible par exemple de trouver dans certaines épiceries un bac de laitue sur lequel est inscrit produit des États-Unis et aussi emballé au Canada. Selon M. Thériault, il ne s’agit pas systématiquement d’erreur ou de fausse publicité. «Il faut se souvenir qu’on a de grandes entreprises agricoles québécoises qui ont aussi des fermes aux États-Unis, et donc, ce sont des produits du Canada quand on est en [haute] saison, mais qui utilisent des produits faits sur leur ferme aux États-Unis pendant les mois d’hiver», explique-t-il.
Consolider les habitudes
En plus de l’étiquetage, IGA a vite lancé, début février, une campagne publicitaire à la télévision pour promouvoir les produits de marchands locaux.

«On voulait prendre parole très vite. Habituellement, quand on fait des publicités télé, on se retrouve avec des semaines de production. Entre la demande initiale d’IGA et la mise en production, on a eu grosso modo cinq jours», décrit le directeur de la stratégie, de l’innovation et du numérique chez Sid Lee, Yanick Bédard.
Ce type de stratégie permet de consolider les habitudes des consommateurs selon M. Pichette. «On voit un engouement assez exceptionnel. L’engouement était là, le local a pris un peu plus d’expansion», dit-il.