5 questions à Anne-Elisabeth Bossé, co-autrice et actrice de «Gâtées pourries»: des histoires de filles loin d’être banales.


Emmanuelle Plante
Comme comédienne, Anne-Elisabeth valse aussi bien dans l’artisanal et l’absurde des Appendices que dans l’esthétisme des films de Xavier Dolan ou Monia Chokri. Tête d’affiche de trois longs-métrages dans la dernière année, elle a été au petit écran la Mylène de Plan B, la Chloé d’En tout cas, la Maxim des Simone, la Caroline Malterre des Pays d’en haut, la Charlène de Série noire et Me Marie-Anne Desjardins dans la quotidienne Indéfendable. Avec ses amies Suzie Bouchard et Pascale Renaud-Hébert, elle a plongé dans l’écriture à six mains pour pondre Gâtées pourries, une comédie savoureuse qui dépeint le quotidien pas banal de trois mi-trentenaires qui ont tout pour elles, y compris quelques lubies qui font leur charme.

Comment as-tu trouvé le travail d’écriture?
Suzie (Bouchard) et Pascale (Renaud-Hébert) sont les filles les plus drôles et les plus intelligentes que je connaisse. Elles ont beaucoup d’expérience en écriture. On se connaît depuis 15 ans et sans me poser la question, je me suis dit que si j’avais à écrire, ce serait avec elles. Je pense que je suis bonne en brainstorm, j’apporte beaucoup d’idées, de bon «liners». Pour la structure, j’ai eu besoin de conseils. Nous avons tout fait à trois têtes, à six mains. Une partait avec un scène à scène, on participait toutes aux dialogues.
Kim, ton personnage est une séductrice qui travaille dans un magazine de beauté et a peur de vieillir. Fred (Pascale) enseigne dans une école primaire, est en couple depuis longtemps et est super anxieuse. Justine (Suzie) est avocate, célibataire, peine à prendre des décisions. Quelle part de vous avez-vous injectée dans vos personnages?
On a toute mis un petit peu de soi. Pascale a une anxiété pas aussi insupportable que Fred, mais elle traîne un lifevac pour vrai dans son sac. C’est aussi celle qui va monter aux barricades. Suzie a été avocate et tergiverse comme Justine. Elle a de la misère à prendre des décisions. Je suis la moins réfléchie du groupe. J’ai un côté pas de bon sens. Je peux me faire tatouer sur un coup de tête ou acheter une auto en 30 minutes. Mais je suis plus sombre que Kim.
Est-ce qu’il vous est arrivé de pratiquer vos textes ensemble au fur et à mesure où vous les écriviez?
On a eu la chance de faire une lecture. Ça nous a permis d’ajouter des «liners». En tournage, on n’a laissé aucune scène derrière. Si on bloquait, Suzie était bonne pour nous sortir de là. On a fait beaucoup d’improvisation toutes les trois. On a un langage commun, un clown commun.
L’esthétisme de la série est très léché. Avez-vous eu des discussions à ce sujet avec François St-Amant (Entre deux draps), le réalisateur?
Nous lui avons fait confiance à 100%. La série est belle. Il a tout saisi rapidement. Il ne fallait juste pas que la mise en scène nuise à la dynamique et qu’elle maximise plutôt le gag.
Il y a eu beaucoup de bonnes séries sur l’amitié entre femmes: Sex and the City, Girls, Les Simone. Que souhaitiez-vous exprimer avec celle-ci?
On voulait un ton moderne, de la comédie franche à la 30 Rock. Ce sont trois filles sans enfants, proches de notre réalité. Le thème qui nous intéressait c’est quand l’amitié devient une famille choisie. J’aime les archétypes et on a trois personnages exubérants qui sont aux extrêmes qui ne sont pas dans le jugement ni dans rien de choquant. Ce sont trois filles qui ont tout pour être heureuses, mais qui ne sont pas capables d’avancer. Elles se laissent miner par des problèmes mineurs. C’est une amitié à toute épreuve.
Gâtées pourries est disponible sur Crave.
